Je vous parlais dernièrement d’un tempête qui se rapprochait.
Miss Toccata a bien du mal à raconter, à livrer ces mots … Mais bon assez tergiversé, allons-y !

Miss Toccata a sept ans. Elle a été hospitalisée pour ses soucis de santé. Lors de la consultation d’entrée avec le médecin, il a eu ce regard lourd, il lui a susurré : « Quelle jolie petite fille ! »

Et une nuit dans cet hôpital, il est venu la chercher, un gâteau à la main pour l’amadouer. Elle sent que ce n’est pas normal, « Pourquoi il vient me réveiller, c’est la nuit ? » Elle ne voit après cela qu’une grande pièce blanche et un lit.

Il a sans doute dit des choses, elle ne l’entends pas. Elle sent juste la peur monter comme une grande marée. Ses trop grandes mains sont sur son corps. Elle sait que ce n’est pas bien, qu’il ne faut pas. Alors elle se débat, essaie de le frapper avec ses petits bras. Il lui attache les mains avec des sangles aux montants métalliques du lit. Elle continue, essaie de se libérer comme une forcenée, enragée. Elle commence à crier. Il la gifle et de sa grande main lui écrase la gorge et la trachée. Elle peut à peine respirer, elle ne peut plus crier. Lui est excité par cette gamine qui lui résiste encore avec les jambes, les pieds. Elle sent l’autre main de l’homme descendre plus bas, entre ses cuisses. Il est sur elle, il est en elle.

Alors la terreur,
Et puis la douleur …

Cette douleur incommensurable, inracontable, qui envahit chaque cellule de son corps, qui la tétanise. Elle ne se bat plus. Elle entends juste son rire jaune de hyène qui jubile, qui sait que sa proie est brisée. Il se déchaine. Elle suffoque de cette douleur qui s’imprime en elle, en tout son être. Elle veut juste mourir, pour ne plus rien sentir.

La suite …. Elle a senti ses cuisses brûlantes, visqueuses. Il l’a lavée, ramenée dans sa chambre comme si de rien n’était. Et elle a oublié.

« Toute petite, elle a été abusée,
C’était trop, sa tête a oublié,
Mais son corps se souvient,
Le corps n’oublie jamais rien. »
—13.02.2017—

Cette nuit là, comme tant d’autres jours, comme tant d’autres nuits, depuis la nuit des temps, un homme a assassiné l’enfance, la vie, la joie.

****

Merci de votre amitié, de votre fidélité les z’amis. N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Miss Toccata et moi-même vous envoyons notre tendresse ❤

19 réflexions sur “Miss Toccata – Episode 8

  1. Mon Dieu ! J’en suis après lecture traversée de frissons. Envie de pleurer.
    Comme tu fais bien de poser des mots. Il le fallait, il le faut.
    Oh Cathy ! Et pendant toutes ces années, tu as gardé cette souffrance en toi.
    Quel monstre ! Et il y en a d’autres. Récemment, le chirurgien de Jonzac.
    Et le pire dans tout ça, c’est que la justice a ses limites. Je connais une gamine ( la vingtaine maintenant) qui a été violentée par le mari de sa mère depuis toute petite, et ce des années durant.
    Aussi quand elle a enfin parlé a sa mère ( te raconte pas tt, ce serait trop long), cette dernière ( une fois séparée) a incité sa fille à porter plainte. Eh bien, elle n’a pas été reconnue comme victime ( pas même en appel), l’autre a été relaxé. La parole de l’un contre celle de l’autre, une enquête mal menée, faute de preuves Et quand je vois ta souffrance, conséquence de cet acte criminel, ça me revolte autant que ça me fait peur pour cette jeune-femme. Une vie brisée et un monstre en liberté. Quand je dis une vie, il y a sûrement d’autres victimes. Difficile de le savoir après tout ce temps.
    C’est bouleversant. Et il est impossible d’accepter cette impunité.
    Cathy, je repasserai de toute façon. Je t’embrasse. Affectueusement. A très vite. 😘❤🌹

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    1. En effet je devais poser des mots même si j’ai un peu édulcoré le récit. Ma psy me disait que le plus grave dans un cas de dissociation comme le mien, est que l’on en souffre pendant des années sans savoir et sans se reconstruire. Et il y a en tellement comme tu dis … Une personne sur quatre a été victime d’abus ou de violences sexuelles. La justice pour moi c’est trop tard, et je comprends ce que dois ressentir cette jeune femme que tu évoques. La reconnaissance de la souffrance est si importante …
      Merci d’avoir posé ces mots, ton ressenti, ma belle amie. Je t’embrasse, à très vite. 😘❤️

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  2. Très chère et douce amie…

    Je suis venue te lire hier…et je ne trouvais pas les mots…j’ai donc décidé de ne rien forcer et attendre…Je savais que la vie me conduirait à ….

    Ce matin j’ai ouvert le livre  » Adagio  » de Félix Leclerc ; un de nos grands poètes Québécois que nous adorons. Félix était aussi un grand amoureux de la terre et de ce monde des cultivateurs pour lequel il a le plus grand des respects.
    J’ai pensé à toi en ouvrant, au hasard, une page…un passage m’a ému…c’est pour toi. …:
     » C’étaient ( les cultivateurs), des hommes et des femmes que rien ne faisait rougir ; ni les croix de chemin, ni les grosses familles, ni les prières du soir. Ils se  » colletaillaient  » avec la misère. C’étaient des racés. On ne le leur va pas à la semelle. La Terre, ici, c’est un Sanctuaire où il se fait des miracles.  »

    Un Sanctuaire, ce mot sacré te va si bien…
    Je t’embrasse et te remercie de tout coeur.
    Tendresse

    Manouchka

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    1. Merci Aldor d’avoir osé poser ces quelques mots … Ce qui me fait mal, ce n’est pas qu’il court toujours. D’ailleurs cela s’est produit il y a des années il est probablement décédé … C’est que personne n’ait rien vu, ou rien dit. C’est le poids du silence qui encore aujourd’hui entoure de tels actes. Tu t’étonnais de cette attirance que j’avais pour la mort il y a quelque temps, je ne savais pas vraiment pourquoi. Aujourd’hui je la comprends mieux. Mais oui, je n’en suis pas arrivée là pour ne pas surmonter cela !

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  3. Je ne sais que dire, sinon que le fait que les criminels de ce genre puissent continuer impunément leur vie m’étrangle… Et que j’espère de tout coeur que miss Toccata a pu retrouver son chemin, le langage de son corps et celui de la joie.

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  4. Voilà ce que j’ai écrit dans mon blog thérapeutique :
    « Pas d’autre mot pour désigner celui qui abuse de sa force pour faire mal. La blessure originelle, elle est là, plantée dans mon coeur comme une dague florentine. Et le poids si lourd du secret qu’il m’a fallu porter tant d’années, sans rien dire, parce que je m’étais juré de ne rien dire, et puis voilà, le temps coule son mercure acide et s’insinue dans les interstices et déborde et un jour les bondes se lâchent et tout sort comme ça, comme une cataracte d’émotion brute, et de vomi jaunâtre et soudain on comprend tout, on comprend pourquoi, et on comprend comment tout vient de là. On a partagé nos brûlures, ma soyeuse, mon utérine, et, j’ai écouté mon ptit loup en boucle et pris en moi la douleur de toutes les femmes et ma colère inextinguible contre tous les connards, les salauds qui font ça, contre toute cette violence contre laquelle on n’a su dresser que des nounours et des poupées en boucliers jusqu’à ce que les jointures de mes doigts explosent tellement j’ai serré les poings et mordu mes mains au sang et crevé mon oreiller pour ne pas me percer les oreilles à hurler. Des flots de larmes incontrôlables qui se déversent sur le sol en grosses vagues chaudes qui emmènent au loin et pour toujours les nuits de terreur et de sursauts et toutes ces visions empoisonnées, la honte au goût de fiel et le dégoût de soi, toutes ces années, toutes ces années abasourdies à essayer de nommer l’innommable et à tenter de comprendre comment la vie d’un être doux et sans armes peut basculer pour toujours en cinq minutes et à se dire qu’on aurait pu, qu’on aurait dû, mais quoi ? mais quoi ? Et à tourner et retourner jusqu’au vertige, au bord de cette falaise où l’on a failli tomber un jour de grand vent. Et dans cette mer où on a failli se noyer un jour de tempête. Et à essayer sans succès d’oublier. Et se souvenir à jamais. Et pour toutes nos soeurs meurtries juste parce qu’elles sont des femmes, et pour mon coeur épuisé d’avoir tant lutté contre ces démons, aujourd’hui la délivrance et ces larmes qui emportent tout et me font renaître. Et enfin sublimer ma douleur par la fierté de mon combat. De notre combat. Contre toutes les lâchetés, les abus et les turpitudes de ceux qui ne méritent pas le nom d’hommes. J’ai extirpé de mes tripes ce sang noir et coagulé, ce caillot qui bloquait ma respiration profonde. J’ai tout fait sortir en même temps, la violence, l’angoisse, la honte, le silence, la révolte, le dégoût, et surtout la faute, la sacro-sainte faute d’Eve, toutes ces idées puantes comme des blattes, sales comme des punaises, c’est fini, c’est hors de moi. Je les ai vues lâcher prise de leurs pauvres pattes griffues, s’enfuir par le trou du lavabo, être aspirées à tout jamais dans le vortex de l’eau tourbillonnante, l’eau qui lave, l’eau qui guérit, l’eau qui console. Et j’ai senti un air neuf enfler mes poumons, un air que je n’avais jamais encore entendu. »

    Alors tu vois, je comprends, miss Toccata. Tu mérites toi aussi l’eau qui guérit. ❤️

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    1. Oh ma douce Cèlestine … Je t’ai appelé » petite sœur » je comprends aujourd’hui pourquoi. Je sentais bien, qu’au delà des mots, il y avait plus, une sensibilité, une brulure commune. Je n’ai bizarrement pas de colère, pas encore peut être, mais je revis cette violence nuit après nuit. Il y a en moi cette violence subie, l’incompréhension, comment personne n’a vu, entendu, et puis la compréhension de cette tristesse qui m’a collée à la peau toute ma vie. Je comprends aussi cette reliance aux femmes qui est au fond de moi,à toutes nos sœurs qui ont souffert par un homme ou plusieurs et il y a cette tristesse de n’avoir pas été protégée ..
      Merci de ton témoignage bouleversant … Je souhaite pouvoir goûter à cet air que tu évoques, cet aitr que moi non plus je n’ai jamais entendu …
      Reçois toute ma tendresse ❤️

      Aimé par 3 personnes

  5. Je frissonne moi aussi, d’horreur, à la lecture de ces lignes. C’est un crime qui reste bien souvent impuni et qui brise tant de vies. Un crime qui bousille l’enfance, l’innocence.
    On dit souvent que pour vivre, le corps se tait, parce qu’à un moment donné il faut avancer, l’esprit prend le relais, il passe sous silence, il oublie. Le corps lui se souvient de tout. Toujours. Et un jour il nous livre ce secret brûlant.
    Merci pour ta confiance Catherine. Je t’envoie mes plus affectueuses pensées, qu’elles t’enveloppent de tendresse et viennent apaiser ton coeur, ton corps.
    Avec toute mon amitié.. Je t’embrasse

    Aimé par 1 personne

    1. Oui c’est un crime, qui a des conséquences sur toute la vie ! C’est bien par le corps que le secret est remonté, je me rends compte que dans mes dessins, je l’avais déjà exprimé sans le savoir … J’avais besoin de le dire, de le formuler et je te remercie de ton écoute, et de tes pensées affectueuses. Je t’embrasse Marie.

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  6. Chère Catherine, c’est donc ce crime qui te poursuit…je ne te connais pas assez pour en dire beaucoup plus. J’ai vécu ton épouvante en lisant ton récit. C’est difficilement concevable. Très en colère contre la justice de notre pays. Je demande justice pour toi et pour les autres enfants. Sois fière de toi..Je t’embrasse tendrement. Isabelle

    Aimé par 1 personne

    1. Merci déjà Isabelle d’avoir posé un commentaire. En effet c’est cela qui me poursuit depuis toutes ces années ! Je ne suis étonnamment pas en colère, pas encore du moins. Et je peux dire que je suis fière, fière d’être allée jusqu’au bout de ce chemin torturé, j’aurai pu écouter les médecins et prendre des médicaments, ne pas aller au delà des diagnostics, des mais non c’est votre imagination … Merci de ta tendresse, je t’embrasse.

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  7. Quelle horreur! Mon corps tremble de partout comme le tien quand ton syndrome s’invite quand tu veux t’endormir ! Je ressens une immense colère et une envie de meurtre … je pense à cette petite fille bousillée par ce salaud et à toutes les autres car c’est sûr tu n’es pas la seule ! Ne me parlez pas de prescription c’est un mot que je vomis, je ne peux imaginer que ce médecin, qui plus est, d’en sorte comme cela !
    Ma douce amie je suis bouleversée de te lire. Notre inconscient est fort. Pour nous protéger il fait disjoncter notre cerveau juste pour nous garder en vie. Mais le corps n’oublie jamais lui ! Je te prends dans mes bras et te serre contre mon coeur. J’aimerai pouvoir le faire en vrai ! Avec tout mon amour 😍

    Aimé par 1 personne

    1. Ma chère amie, ma chère Cath, toi tu sais aussi … Eh oui je ne suis pas la seule, et cette prescription est quelque chose de terrible parce que jamais nous n’obtiendrons un semblant de justice, malgré une vie brisée … Je ne le retrouverai jamais, d’ailleurs il doit être mort, je ne souhaite plus que trouver la paix en guérissant mon corps et mon âme.
      Je reçois ton câlin, sois en sûre, même de si loin. Je t’aime ❤️

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