Miss Toccata doit vous raconter encore un peu les peurs et les frayeurs, se raconter, pour sortir de cet hiver sans fin et renaître à la saison du cœur.
Il lui reste un souvenir à expulser, cette boule au creux de son ventre, si présente … Ce souvenir revient par bribes, en partie en rêve, en partie en conscience.
Elle a sept ou huit ans. Elle est dans une grande pièce toute blanche, avec un homme, un médecin sans doute. Ses mains sont attachées, sanglées, sur un lit d’examen. Elle crie : « Non, non, je ne veux pas ! » et une douleur insupportable lui serre la gorge.
Et puis Mr Rufus arrive au galop, l’empêche de voir la suite …
Ce souvenir est bien là, bloqué, coincé, bref un truc pas digéré … Il n’est pas loin ce souvenir hideux, ce géant monstrueux qui sommeille en elle, la pire des frayeurs de son enfance, cachée au fin fond de sa conscience ; « Maman, Papa, pourquoi vous m’avez laissée toute seule ? ».

Mais me direz-vous, qui est ce Mr Rufus, qui arrive juste au moment où elle pourrait souffler un peu et peut être se rappeler ?
Mr Rufus est le contrôle qu’elle a exercé sur elle-même tant d’années, il est la somme de toutes ses peurs accumulées. Mr Rufus combat, veut nier l’expression de son être profond qui lui dit : « Stop, tu ne peux continuer à faire semblant de vivre, à te cacher, il est temps de voir, de tout illuminer. »
Il est le conflit entre ce qu’elle est vraiment et les conditionnements amassés, étiquetés, rangés bien ordonnés hors de sa conscience. Il est une distorsion, une dissociation entre son âme pure et son vécu trop dur.
La présence de Mr Rufus l’oblige a fouiller, déterrer, nettoyer, épousseter. Il est temps de faire le ménage à l’intérieur, de revenir à soi, à l’essentiel, à l’essence.
Miss Toccata sent bien qu’une petite flamme a toujours brillé là au plus profond d’elle, parfois juste une minuscule lueur dans les nuits trop sombres, dans les jours emplis d’ombres. L’arrivée de Mr Rufus est un cadeau, parce que quand il arrive au galop elle sait désormais que c’est sa peur qui s’exprime, son ego. C’est pour cela qu’elle doit l’apprivoiser. A l’inverse, l’univers bienveillant lui chuchote : » Regarde la belle personne que tu es, tu mérites d’être aimée … Tu penses que les autres en sont dignes, pense à toi aujourd’hui. Tout ce que tu donnes aux autres, fais-en le don, pour toi ! Fais-toi le don de te pardonner, de croire en toi, de t’offrir la douceur et tout l’amour qui sont en toi ! ».
« Pardonner, c’est délivrer un prisonnier et découvrir que le prisonnier c’était vous. » Oscar Wilde.
Dans la moiteur de ce soir d’été,
D’un coup le vent s’est levé.
Miss Toccata respire.
Bientôt elle verra le souvenir.
Elle entendra les sages paroles de l’univers.
Elle sortira du froid et de l’hiver.

****