Bonjour à tous les z’amis !
Miss Toccata ne vous a pas oublié, elle était juste bien occupée ! Elle est allée chez sa mère, au bord de la mer. Eh oui, sa mère vit au bord de la mer, et Miss Toccata a un peu profité, un peu, trop peu, de l’eau bleue apaisante de la Méditerranée, du soleil dévorant de cet été brûlant.

La mère est âgée, pas très en forme, elle ne supporte plus la chaleur et Miss Toccata est allée prendre soin de cette femme qui vieillit, qui ne l’accepte pas, qui a peur de la dépendance avec la rage de vivre encore au ventre. Bon, compte tenu de l’état d’esprit de sa mère, Miss Toccata en a un peu bavé, mais que voulez-vous, c’est toujours sa maman !

Et puis elle est rentrée chez elle fatiguée. Elle a pris conscience de cette grosse boule là, au creux de l’estomac. Tout en elle s’entrechoquait, se révoltait comme dans ce coucher de soleil où l’ombre veut avaler la lumière, cette ombre qui n’admets pas que la lumière puisse exister. Il lui aura fallu cet été sans pitié pour comprendre, enfin, un bout de son destin …

Miss Toccata m’a alors raconté les femmes de sa famille : sa mère, sa grand-mère, son arrière grand-mère, ces femmes orgueilleuses. Elles se nourrissaient d’obligations, de l’abnégation. Après tout, être femme c’est naître pour souffrir, enfanter dans la douleur, être femme c’est se sacrifier, et les dents serrées vivre cette vie en oubliant la joie d’aimer, de respirer, pas le temps pour ces frivolités ! Être femme c’est être bonne ménagère, avoir des enfants propres et bien élevés, leur apprendre que le travail c’est la santé. Il n’y avait pas d’autre choix dans leur esprit domestiqué, on ne leur avait appris que cela. Mais notre Miss Toccata n’est pas comme elles, elle est en fait leur juste contraire. Pourquoi ? Elle est là, je crois, pour briser cette lignée … Un homme lui a dit un jour, tu es fière, orgueilleuse ! Elle en est restée étourdie et muette qu’il ne puisse comprendre la nature de son être …

Ces femmes de sa lignée pensaient aussi que les hommes sont faibles, elles leurs accordaient avec un certain dédain le droit de partager leurs vies. Et Miss Toccata me raconte maintenant ses frères, son père et son grand-père. Eux avaient le droit de rire, du fait de leur statut « de mâle », ils avaient le droit de faire des pitreries, des blagues, mais sans jamais verser dans la vulgarité, cela va de soi ! Les femmes veillaient avec un sourcil levé. Le rire a été un de leur seul droit je crois. Ils ont soufferts ces hommes, Miss Toccata le sent, infiniment.

Ah oui, je savais que cela vous intéresserait ! Qui, comment était-il ce père dont nous n’avons pas encore entendu parler ?

Le père de Miss Toccata était un homme bon et doux. Il a été jusqu’à son dernier jour fou d’amour pour sa femme. Elle était son oxygène, son émerveillement, celle à qui il ne pouvait rien refuser, contre laquelle il n’a jamais haussé la voix, cela l’a rendu un peu lâche sans doute. Elle l’avait poussé dans sa carrière, lui qui aurait pu se contenter de peu, et pour elle il avait abandonné la musique, son unique passion, ben oui vous comprenez, ce n’est pas un métier !

Ce père s’arrêtait dans la rue pour nourrir les mendiants, faisait le clown en marchant comme un certain Charlie Chaplin tout de guingois, faisait voler les petits pois (oui je vous l’assure !) et surtout, surtout, il prenait Miss Toccata dans ses bras ! Il savait bien que cette petite lui ressemblait avec sa sensibilité à fleur de cœur … lui de l’amour il en distribuait sous l’œil réprobateur de sa femme qui ne comprenait pas cette absurdité, elle en vint même à considérer cette petite avec rivalité. Et puis le père a cessé d’embrasser ses enfants, sa tête a oublié, comme dans un vase ébréché la maladie s’est insinuée, doucement il s’est enfermé. Il ne savait plus que dire :  » Elle est où ma femme … Elle est belle ma femme ! », encore ébahi, à la fin de sa vie, qu’elle l’ait choisit, lui !
Il est parti sans faire de bruit comme il aura vécu, Miss Toccata lui en a voulu un peu, pas trop, d’être parti trop tôt …

***

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8 réflexions sur “Miss Toccata – Episode 6

  1. ‘’ Comprendre pour mieux avancer ‘’….
    Chercher à comprendre le pourquoi et le comment …
    Se libérer des non-dits qui ont bloqué ou bloquent encore un bien-être tant recherché.
    Le courage de vouloir s’en sortir et en prendre les moyens.
    Tous ces mots te ressemblent tant… et bien plus encore.

    Tu nous offres aujourd’hui, toute une rétrospective d’événements, de gestes, de rencontres de ton passé qui t’ont marquée. Tu traces un portait si juste de ces hommes et femmes d’un autre temps, d’une autre éducation, inconscients…parfois… de la portée de leurs paroles ou de leurs gestes …etc….Qu’on ne veut surtout pas répéter ….
    Je suis épatée par le courage et la détermination dont tu fais preuve et qui plus est je me sens privilégiée de faire partie de ce voyage en compagnie de Miss Toccata.
    En terminant je veux te dire que j’ai beaucoup aimé les passages où tu parles de ton père avec une si belle tendresse. Tellement contente que tes souvenirs sont aussi heureux.

    Je te souhaite une agréable soirée ma belle Kathy
    Je t’embrasse avec tendresse
    Manouchka

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    1. Oui, comprendre, le pourquoi, le comment, les non-dits … C’est en moi, c’est presque plus fort que moi, parce que non il ne faut pas répéter les erreurs du passé ! Si l’on veux que l’humain grandisse, il doit comprendre cel je crois …
      Merci à toi Manouchka de me suivre dans ce voyage, je ne sais pas il me mènera d’ailleurs.
      Belle nuit Manouchka, reçoit ma tendresse également. ❤️

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  2. Quand on peut poser les yeux sur ce qui nous a construit et lentement défaire les nœuds, un à un, on se donne une chance de guérir de l’intérieur.
    C’est souvent douloureux. Et le corps nous fait sentir ces maux qu’il devient nécessaire de lâcher.
    Merci pour ce partage très intime qui nous parle à tous.
    Belle semaine à toi Catherine.

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    1. Merci à toi de si bien le résumer Marie ! En effet, je crois qu’on ne guérit de ces blessures de l’âme que de cette façon … Et à ce jour, je n’ai trouvé aucun thérapeute qui le comprenne ou qui agisse dans ce sens, voilà pourquoi je l’écris et le partage. Bonne semaine Marie.

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  3. Je crois que lorsqu’on parvient à poser des mots sur ses parents, même si parfois ils nous semblent encore un peu durs, c’est que nous sommes en train de nous libérer du clan et nous autorisons enfin à exister pleinement, à mettre en avant cet être unique qui marche, qui respire, qui ressent seul bien loin du joug de ses ancêtres et de son éducation. C’est un sacré palier que tu viens de franchir. Merci à toi de nous partager cette belle analyse. Je t’embrasse ❤️😘

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    1. Oui les mots sont durs, je le sais et je n’avais pas tout à fait conscience de cette libération. Mais tu as raison, et chez moi elle se fait dans le corps autant que dans la tête ! J’en ai eu des douleurs au ventre, des nausées, des maux de tête. Merci de poser tes mots ici, Merci de ton moitié sans faille, je t’embrasse fort 😘❤️

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    1. Je crois qu’il ne s’agit pas de s’en séparer physiquement mais mentalement, dans nos façons de penser. Et oui ces vérités font mal, alors autant en guérir et surtout ne pas transmettre le modèle à nos enfants. Bonne fin de journée Charef et reçois mon amitié.

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